• Gan-Jah, par anatta

    Poème épique, "Jardin de Jah" en hébreux (gen jah), rappelle également le terme sanskrit gandja (chanvre). L'Amour mystique en est la trame de fond et l'ivresse cannabique le fil conducteur.

    Au sein de ce jardin, un "métèque" conte son voyage psychédélique et sa rencontre avec la muse nommée Charas, incarnation même du jardin divin.

     

     Gan-Jah - Anatta - 2009

     

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    GAN-JAH

     

     

     

    O Lointaines contrées aux sommets argentés

    O Ciel doré, O Vastes plaines diamantées

    O Epaisses et douces forêts enchantées

    Ouvrez-moi vos lourdes portes accidentées

     

    Permettez-moi de me perdre dans le Gen-Yah

    Je ne suis guère des assiégeants d’Alésia

    Juste un métèque émerveillé des forsythias

    Et par la délicatesse des opuntias

     

    Je viens voir Charas, impératrice des Lieux

    Sultane de ces nobles jardins harmonieux

    En tant qu’ambassadeur d’un monde trop sérieux

    Trop orgueilleux, trop disgracieux

     

    Ma quête est une recherche de l’esthétique

    Et de l’étrange perception antithétique

    O Terre de mystiques visions prophétiques

    Et ciel de chaotiques odes eidétiques

     

    Je n’ai point d’étoffe moirée, point de trésor

    Point d’esclave, point d’obélisque de Louqsor

    Encor’ moins le légendaire marteau de Thor

    Ni même les précieuses offrandes d’Hathor

     

    Juste l’âme éblouie par la fleur automnale

    Et caressée par les troublantes bacchanales

    Qui conduisent à l’art du verbe virginal

    Bel enfant des réalités subliminales

     

    La lune venue, de moi s’empare Charas

    Voluptueuse muse vêtue de madras

    Aux parfums plus suaves que ceux de l’hypocras

    Et aussi puissant que l’encens des anciens ras

     

    Candide, elle engendre dans mon cœur l’euphorie

    Me plonge dans de célestes thesmophories

    Antichambres bardées d’opaques dysphories

    Préambules à d’étranges allégories

     

    Mon esprit se trouble d’inutiles pensées

    Se perd dans des accélérations insensées

    Des compositions saccadées et nuancées

    Des étincelantes sirènes élancées

     

    Tel un charme noir de paradis éphémères

    Comme des îles perdues, peuplées de chimères

    L’âme embaumée des mélodies les plus amères

    S’évertue dans l’esquisse des perceptions-mères

     

    O Mon être succombe devant cette vierge

    Chaste perfection qui de son baiser m’absterge

    Et le temps s’éternise et l’espace m’immerge

    En son sein, le Gan-Jah secrètement m’héberge

     

    Le temple des rêves, hélas, dresse ses gardiens

    Les Hurleurs : sombres démons oniromanciens

    Longs phasmes anthropomorphes et dravidiens

    Au bec élancé, noèmophages anciens

     

    Iles assomment leur proie par un cri terrifiant

    Le souffle des Hurleurs, obscur vent mortifiant

    Pénètre l’âme tel un ange sanctifiant

    Et par la fontanelle s’en va pétrifiant

     

    Ces djinns amoureux de l’herbe, gourmands de rêves

    Puisent les songes tels des pucerons la sève

    Jusqu’à ce que sans joie, Azra’il nous enlève

    Comme le typhon chante sa plainte sans trêve

     

    Or parfois, le Hurleur épargne sa victime

    Laissant  choir une entité sans corps légitime

    Errant dans le corridor d’un silence intime

    L’âme confuse s’immisce au sein du sublime

     

    Ombres pigmentées, les visions hypnagogiques

    Dans d’étranges raisonnements apagogiques

    Noires d’intenses sensations anagogiques

    Etreignent le dévot qui sait être alogique

     

    Et l’espace se courbe et le temps se dilate

    Et l’Eden, tel le sombre poison écarlate

    Te livre le gai savoir de l’Onirocrate

    De Hiddéqel, Pichôn, Guihôn, du saint Euphrate

     

    O L’éternité ? Ce n’est que quatre minutes !

    Un leitmotiv incessant, saturé de chutes

    Elles s’entrelacent d’innombrables volutes

    Œuvres architecturales des fleurs hirsutes

     

    Voilà des siècles qu’humain je me suis quitté

    Pour me rejoindre jaguar et divinité

    Innommé, je suis lumière et obscurité

    Oscillantes contrées ivres d’éternité

     

    Puis je meurs, puis je renais, sans cesse, sans cesse

    Et quelle tumultueuse délicatesse

    Ce doux va-et-vient sans fin au sein de l’ivresse !

    Par les cieux, véritable océan de tendresse !

     

    La clepsydre du Gen-Yah circule en mon cœur

    Ses vibrations vrombissent tel l’écho d’un chœur

    L’onde vrille vers les cieux, tout n’est que rondeur

    La gravité s’est noyée, tout n’est que splendeur

     

    La muse des Orients est mon apocalypse

    Son effluence m’est semblable à une éclipse

    Douce et belle comme le tracé d’une ellipse

    Et aussi insolente qu’une paralipse

     

    De mon cœur, le vert dragon fuit vers mes poumons

    Irradie mes bronches, misérable phlegmon

    Coulées de feu, arborescence, âpre démon

    Envahit mes veines, mon sang, à contremont

     

    O Profonde stupeur, pourpre illumination

    O Macabre estampeur, svelte hallucination

    O Divine torpeur, courte émancipation

    O N’aies guère trop peur, tout n’est qu’aberration

     

    Dérision, les sons ont maintenant des saveurs

    Et les flaveurs acoustiques me font rêveur

    Couché sur le sofa, j’écoute les couleurs

    Jusqu’à ce que la synesthésie soit douleur

     

    Le monde coule, danse les gouttes sauvages

    Qui folles d’amour, s’écrasent sur le rivage

    Comme des vaisseaux dont les longs canons ravagent

    L’onirique odyssée ceinte par le breuvage

     

    O Brises de satin et fleurs sanguinolentes

    Pantelantes, désolantes et somnolentes

    Obscur squelette d’argent, O Gothique atlante

    Quel irréversible destin que l’horreur plante !

     

    Divine reine, sournoise déliquescence

    Illumine mon cœur de ton efflorescence

    Car ton pourpre indigo, sérail d’inflorescence

    Illumine l’âme de son opalescence

     

    A l’ombre de ton incoercible beauté

    J’atteins le degré suprême d’ubiquité

    Fragile secret où tout est perplexité

    Coupe d’or ciselée de sensualité

     

    Dans la brume, la lune chante son silence

    Par de fractaleptiques notes de fragrance

    Par ici, par là, flamboyante décadence

    D’ici et par delà, quelle erratique transe !

     

    Béatitude absolue, palais de cristal

    Gerbe aux pétales absents, chef-d’œuvre floral

    Corolle onirique, nirvana vespéral

    Parfumé de luminescence et de santal

     

    Charas, mon amour, toute perlée d’eau nacrée

    M’offre le calice de ses lèvres sucrées

    L’échancrure de ses reins suavement moirée

    Le rubis serti dans l’écrin de chair ambrée

     

    Ta brune chevelure marbrée de cuivre

    D’or et de saphir qui à l’aurore délivre

    Son musc, enivrant parfum qui sur ta peau givre

    Happe Dieu-même comme la gueule du vouivre

     

    Elle et moi, reine et roi d’un royaume sans loi

    Où l’harmonie devant l’existence s’éploie

    Imbibant l’empire de chimère de soie

    Gardiennes du rêve qui se tisse entre elle et moi

     

    Le Gan-Jah se peuple de papillons d’argent

    Fleurs de métal reflétant le soleil couchant

    Pourpres oréades d’Eole ignifugeant

    Les cieux nébuleux, safranés et triomphants

     

    Mais l’empirer des songes peu à peu s’efface

    Il emporte les hypnagogiques rosaces

    Les psychédéliques flocons que l’on embrasse

    Et tous les palaces d’ivoire aux cents terrasses

     

    Les fabuleuses vestales de mes visions

    Pâlissent et ferment les portes de l’évasion

    Me séparant de Charas, ma résurrection

    Merveille de merveilles, quelle damnation !

     

    Et mes yeux s’ouvrent tandis que les siens se ferment

    O La belle n’est plus, dès lors, l’empire est terne

    Si morbide et si sordide, sans une lanterne

    Sans aucune féérie, sans une taverne

     

    Le réel, hélas, à nouveau, m’empoisonne

    Ses griffes grises de béton m’emprisonnent

    Mon cœur est à présent seul, sans son amazone

    Si las de ce monde où je ne suis qu’un evzone

     

    O Amertume, spleen, euphorie rarissime

    O Couleurs mortes, craintifs parfums noirs d’opimes

    O Eveille-toi de ce monde qui t’opprime

    Et abandonne-toi ! O Amour anonyme.

     

     

      

    Octobre 2002

    Révision Novembre 2009

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