• L'Esprit Hekula

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    Chapitre 4

    L’ESPRIT HEKULA

     

     

                Et les pieds de la commode se déploient. Ça ne va pas ! Mais qui est-ce ? Qui est cet intrus qui occupe mon cerveau droit ? Je l’appelle. Je m’appelle. Je ne suis pourtant pas cet individu ! Et les pieds de cette ravageuse commode qui ne cessent d’enfler…

                Nausées.

                Caractère guerrier. Corps lourd, extrême fatigue physique. Derrière les paupières l’opacité règne encore. Ce n’est qu’une question d’instants. Mon esprit est vif mais déconnecté, décalé par rapport à son corps, comme un dessin calqué le serait s’il était projeté à quelques millimètres de l’original. Une suite ininterrompue de duplicata tous identiques en apparence mais possédant chacun sa griffe, sa modification propre.

    L’ubiquité est à ce prix : nausées, lourdeurs, confusions. Ici, là, ailleurs. Plus d’importance. Mon âme s’injecte dans un monde pictural, symbolique, ulcéré d’imagos, d’archétypes, rongé par des détritus géométriques dont l’agencement laisse croire à l’existence privée d’un kaléidoscope psychique.

                Manque de coordination, nausées, mandalas rotatifs, formes tubulaires, mais toujours très carrées, très brisées, fractaleptiques, atroces.

                Horreur. La beauté dans l’horreur ! Ou l’horreur dans la beauté. Submergé. Le spectacle est vécu. On se trouve être la roue du carrosse. J’ai connu des moments où l’on était plus le carrosse qu’autre chose. Il y a alors possibilité de discuter, de décrire, de transcender. Ici, il n’y a que du brut. On roule sans cesse.

    Nausées ! Nausées ! Nausées ! Roulantes nausées ! Assis, affalé sur un sofa, on roule, tourbillonne en scrutant le chromatisme spirituel béatifiant. Rien de discret ! Du brut pour du brut. Hallucinations hypnagogiques de tout ce qu’il y a de plus brutal. Il faut croire que j’aime me torturer. L’extase des yeux, des sens, de l’esprit est à ce prix. Il faut se déconditionner avant de pouvoir voir !

                Je ferme donc les yeux pour voir. C’est au cœur de la cécité que le charme se dévoile. Plus de lampe allumée. Rideau tiré. Abandon de soi. Le périple durera trente minutes…

                Une demi-heure de décomposition, d’extases enthéogènes, d’angoisses mortifiantes, de visions, de visions, de visions. Que de visions !

                Le retour est lent, doux, sans remous. Plus de nausées. Sérénité trompeuse. Bien-être factice.

    Au fond j’ai toujours été serein et bien dans mon corps : ce n’est qu’après la tempête et les tornades que l’on est capable d’apprécier le calme préexistent, ce calme qui, ma foi, ne s’est jamais ébranlé…

                Néanmoins, les graines laissent dans l’esprit une délicate trace qui comme beaucoup de « substances-chocs » triturent l’âme pour un goût effréné de la curiosité de l’étrange et la découverte du monde intérieur.

     

     

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