• Nozick - Anarchie, Etat et Utopie

     

    Jeune professeur de philosophie à Harvard, Robert Nozick (1938-2002) a réaffimé, dans son ouvrage Anarchie, Etat et Utopie (1974), la nécessité d’un Etat limité, un « veilleur de nuit », dans la lignée des penseurs libéraux de la tradition classique, à l’image de John Lock ou Benjamin Constant. La thèse de Robert Nozick est claire : ni suppression complète de l’Etat, ni Etat providence redistributeur, mais simplement un « Etat minimal ».

     

    Les individus ont des droits, et il est chose qu’aucune personne, ni aucun groupe, ne peut leur faire [sans enfreindre leurs droits]. Et ces droits sont d’une telle force [...] qu’ils soulèvent la question de ce que peuvent faire l’Etat et ses commis – si tant est qu’ils puissent faire quelque chose. Quelle place les droits de l’individu laissent-ils à l’Etat ? La nature de l’Etat, ses fonctions légitimes et ses justifications, s’il en est, forment le thème central de cet ouvrage qui, au fil de notre enquête, aborde un éventail de sujets fort divers.

    Nos principales conclusions se résument à ceci : un Etat minimal, qui se limite à des fonctions étroites de protection contre la force, le vol, la fraude, à l’application des contrats, et ainsi de suite, est justifié ; tout Etat un tant soit peu plus étendu enfreindra les droits des personnes libres de refuser d’accomplir certaines choses, et il n’est donc pas justifié ; enfin, l’Etat minimal est aussi vivifiant que juste. Deux implications méritent d’être signalées : l’Etat ne saurait user de la contrainte afin d’obliger certains citoyens à venir en aide aux autres, ni en vue d’interdire aux gens certaines activités pour leur propre bien ou leur protection.

    Bien que seules les voies coercitives se trouvent de ce fait exclues – les solutions volontaires demeurant -, beaucoup rejetteront aussitôt nos conclusions parce qu’ils se refusent à donner leur adhésion à des idées si visiblement indifférentes aux besoins et aux souffrances d’autrui. Je connais cette réaction ; elle fut aussi la mienne quand j’entrepris d’étudier ces idées. A mon corps défendant, je me suis laissé convaincre par ces idées libertariennes [...] à la suite de diverses considérations et argumentations. Ce livre témoigne assez peu de mes réserves premières. Il présente plutôt nombre de ces considérations et arguments, que je m’efforce d’exposer de la manière la plus convaincante possible. Ce faisant, je cours le risque de choquer à double titre : par la position que j’expose et par les raisons que j’invoque à l’appui de ma position.

    [...] L’Etat minimal nous traite comme des individus inviolés, qui ne peuvent être utilisés de certaines façons par d’autres, comme moyens, outils instruments ou ressources ; il nous traite comme des personnes ayant des droits individuels avec la dignité que cela suppose. Nous traitant avec respect et respectant nos droits, il nous permet, individuellement ou avec ceux que nous choisissons, de choisir notre vie et de réaliser nos desseins et notre conception de nous-même, dans la mesure où nous pouvons le faire, aidés par la coopération volontaire d’autres individus possédant la même dignité. Comment un Etat ou un groupe d’individus ose-t-il en faire plus ? Ou moins.

    Robert Nozick, Anarchie, Etat et Utopie (1974),

    Avant-propos, Trad. E. D’Auzac de Lamartine, Révision P.-E. Lauzat, (c) Puf, 1988

      

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