• Rôde

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    Chapitre 7

    RÔDE

      

                Mon regard colle.

                Aride, la voûte du corridor plongé dans la pénombre déglutit ses derniers faisceaux. La moitié de mon corps déambule dans ce vaisseau. L’autre se pétrifie dans l’espace que recèle chaque interstice des lattes ruisselantes du parquet ciré. Le plancher luit à travers les briques de mes chétives rétines.

                Les yeux mi-clos, l’opacité me ronge, me liquéfie de l’intérieur. Debout, adossé contre le mur, mais le corps avachi, mes vêtements se sont accroupis et forment une masse élancée aux courbes douloureusement féminine. Je suis à mes propres côtés et comme désœuvré, j’erre au sein d’un dédale de croupes et de voix sensuelles, chuintantes, espiègles sans toutefois être trop grisantes.

                Au loin, une ampoule électrique tisse son cocon de cristal, chrysalide de rêves éthérés et mortifiés de brûlures et de griffures. Ma peau se craquelle. Je touche la clarté pourpre qui s’en dégage.

                Métamorphosée, l’acuité de chaque alvéole satinée de mes poumons perd de sa richesse bleutée pour ne devenir que celle d’une poignée de démons femelles. Elles m’observent sous mes semelles dentelées d’imperturbables brins d’herbe morts. Mon âme se mêle à leurs sarcasmes meurtriers. Leurs langues, et je ne sais combien elles en possèdent, ne tissent que des mensonges, des toiles gluantes de songes avariés et toxiques.

                Ne les écoutons pas ! Compagnon nocturne, et coulons-nous dans les moules duveteux d’un des pans du rocher de notre insuffisance. Les chants de ces sirènes terrestres sont aussi sournois et tourmenteurs que les ondées acoustiques de pan. Cessons de hocher ce visage de pierre en réponse à ces rythmes endiablés et séducteurs. Restons de glace devant cette tornade car d’un geste lest de notre front, nous pourrions les essouffler.

                Elles ne demeurent jamais assez longtemps. Juste en courant d’air. C’est ce que j’aime. N’en faisons pas un cas particulier. Elles sont de celles qui abaissent le volet de cuir de nos yeux décédés et qui assassinent le cœur, cette pompe qui maintenant gît.

                Est-ce tout ? Non ! Ce sac de chair est un gouffre à mélancolie que nous évitons à force de thé, de haine et d’accélérations insensées. Juste le temps de cligner du dernier œil, la mort rôde et s’empare de ce qui nous accable tout le long de notre vie : la souffrance.

             Sa lumière transcende les cieux et éblouit l’âme, brûle les paupières et laisse s’échouer sur les récifs des tympans, les fossiles d’un arrière-goût de rêve décousu…

     

     

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